Auré Di Fretto

Auré Di Fretto's interview is in French. We hope we will be able to translate it soon.

Comment vous décririez-vous ?

Je viens d’un milieu “classe moyenne moins”. Mes grands-parents ont immigré d’Italie du côté de mon père et de Pologne du côté de ma mère. Ils ont travaillé dans l’Est de la France dans des mines. À l’époque, l’ascenseur social fonctionnait assez bien. Mes parents ont été beaucoup moins pauvres que mes grands-parents. Quant à moi, j’ai vraiment eu le syndrome de l’enfant d’immigré, même si mes parents n’ont pas immigré. Le Motto de ma mère a toujours été : “Tu dois pouvoir te débrouiller toute seule. Sois indépendante !“. Ainsi, je n’ai pas eu le choix, j’ai dû être hyper française. Par exemple, mes parents ne m’ont pas appelée “Aurélia” mais “Aurélie”. 

Dans le même sens, mon éducation a été hyper stricte. Ma mère était obsédée par les études. J’ai eu mon bac en étant une élève moyenne. Ensuite, je suis allée en classes préparatoires. Ce fut un échec. Du coup, j’ai fait un IUT “Technique de commercialisation”, puis une licence en Allemagne.

Amazing picture from Auré Di Fretto
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Mes débuts germaniques ont été vraiment durs ! J’ai dû apprendre à me débrouiller seule sans comprendre mon environnement. Cette expérience m’a appris de faire confiance à mon cerveau et être flexible. Dans le cadre de cette année, j’ai travaillé un an pour Adidas : Un véritable coup de chance ! Et oui, j’avais un stage dans une entreprise de joints de culasse dans un petit village allemand. Comme à l’époque, je ne parlais pas assez bien allemand, j’ai été refusée partout. Ma future maître de stage chez Adidas s’est retrouvée sans stagiaire au dernier moment. Mon CV est sûrement arrivé sur son bureau à ce moment. Quand elle m’a appelé, deuxième coup de bol, je ne capte pas. Elle m’envoie les informations par mail. D’ailleurs, avec ce mail, je réalise que ma maître de stage ne sait pas que je ne parle ni allemand, ni anglais! Ce stage a vraiment conditionné beaucoup de choses pour moi et m’a ouvert beaucoup de portes.

Une fois mon temps chez Adidas terminé, je suis allée en École de commerce “Sup de Co Marseille”. A la fin de mon école, j’ai cru vouloir travailler dans la mode. J’ai fait un premier stage pour Cartier. J’ai détesté ! Mes missions ne me parlaient pas. J’ai pu refaire un second stage chez Total dans la communication interne. Je me suis rendue compte que j’aimais la communication, travailler avec des agences de pub.

J’ai voulu, donc être embauchée dans une agence de pub. J’ai travaillé pendant 2 ans pour une agence qui gérait Pepsi et d’autres. Ensuite, je suis partie travailler pour Publicis pendant 4 ans et Renault. C’était très dur. D’ailleurs, en ce moment, il y a une page Instagram qui dénonce les abus dans ces agences (@BalanceTonAgency).

 J’ai ensuite été dans une agence plus petite “La Chose”, même si j’avais alors réalisé ne pas trop aimer le monde de la pub. C’est un monde de stress, de pleures dans les toilettes et d’humiliation. Malgré tout, j’avais l’impression que je devais continuer à travailler dans ce domaine. Dans le fond, je ne me trouvais pas très bonne. Je me disais que c’était normal si je me faisais mal traitée. C’était comme cela depuis 10 ans, donc je me disais “Bon OK”.


Je décide à l’époque de partir en vacances en Inde. Pas dans une vision ésotérique, mais juste pour découvrir le pays. On ne sait jamais, je pourrais peut-être y trouver ma voix. Évidemment, je ne l’ai pas trouvé, mais il s’y est quand même passé quelque chose dans ma tête. Je retourne à l’agence en me disant que le problème ne venait pas d’eux, mais de moi. Je reviens à l’agence le premier jour, toute heureuse avec mes colliers de bois. Première réunion de la journée, je me fais « défoncer » alors que je n’étais pas là depuis un mois. J’ai envie de pleurer comme d’habitude aux toilettes. Je comprends que c’est moi qui suis en cause, que je n’ai aucune obligation d’être là. Je décide alors de quitter l’agence.

C’est après cette épreuve que j’ai commencé à devenir freelance. J’aide des petites start-up à se développer. J’ai commencé avec Jimmy Fairly. Au commencement de mon temps en freelance, j’ai appris comment fonctionner les réseaux et l’influence. J’ai arrêté de penser aux solutions les plus satisfaisantes pour mon boss et ai essayé de trouver les plus intelligentes. J’ai commencé prendre confiance en moi à ce moment-là. Depuis, j’ai découvert la céramique. Maintenant, je passe 75% de mon temps à travailler dans la communication et 25% à faire de la céramique. 

Amazing picture from Auré Di Fretto
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comment réussis-tu à travailler dans la communication et à suivre ta passion pour la céramique?

Je me suis posée la question quand j’ai découvert la céramique et que je n’étais pas trop mauvaise. Au début, je me suis dit que j’allais totalement me reconvertir. C’est assez facile de rejeter tout ce qu’on a fait avant. Ensuite, il y a eu le premier confinement. J’ai réalisé ce qu’était vraiment la pression économique. Je pense qu’avant je vivais un peu dans un rêve. J’ai un peu plus discuté avec des céramistes pour comprendre que j’avais mis 40 ans pour découvrir la céramique. Je n’allais pas rejeter ce que j’avais mis 20 ans à construire pour mettre une pression économique dessus.

En plus, j’ai eu deux enfants dans la foulée. Je n’ai recommencé à travailler dans la com que récemment. Je me suis rendue compte que ça me grisait pas mal et que j’étais plutôt bonne.  Alors, j’ai pensé qu’il n’y a pas qu’une façon de changer. Je me suis dit que je pouvais passer une journée par semaine à faire de la céramique. 

Comment décririez-vous votre art?

Mon art vient de mes mains. Je n’ai aucune idée de mes capacités de création en céramique. Je ne suis pas encore une artiste expérimentée. Mon cerveau sait des choses que je ne sais pas. J’en découvre un peu plus tous les jours. Même si mes œuvres paraissent abouties, je n’ai pas conscience du résultat quand je commence à créer.
Maintenant, j’ai tendance à me faire confiance. Même si je n’ai pas idée du résultat, je vais juste continuer à créer en attendant que la magie s’opère. C’est fou, mais ça arrive ! Je trouve cela dingue !
Je pense que tout le monde a cette appréhension. Beaucoup se disent : « Mon Dieu, je ne peux pas faire cela, car je ne sais pas ce qui va m’arriver après. Bien sûr, personne ne connaît l’avenir. Cependant, rien n’est vide. Il y aura forcément quelque chose après. D’ailleurs, tout le monde a un instinct de survie – quoi qu’il arrive, tu ne te laisseras pas mourir ! Alors, tu réagiras. »
Pour en revenir à la céramique, je ne pratique pas dans un atelier branché parisien, mais au fin fond des Yvelines. Ce dernier me donne la possibilité de m’affranchir de la peur du ridicule.
Au début, je voulais créer des ustensiles utiles, comme des assiettes. Puis, je suis tombée sur un livre de sculpture. J’ai eu l’idée de faire un pied ou un cactus avec un trou au milieu pour pouvoir y mettre des crayons ou autre chose. Dans les premiers moments, instinctivement, je me suis dit : « Ça va être moche et ridicule ». Un jour, quelqu’un en voyant chez moi une œuvre me dira : « Ah ! C’est ta fille qui l’a fait ! ». Malgré cette peur, je me suis lancée. J’ai eu LA révélation absolue : Mon pied ressemble vraiment à un pied ! À cet instant, j’ai réalisé ne pas avoir conscience de mes capacités ! Comment savoir de quoi nous sommes capables sans essayer ?! 

Qui / Qu'est ce qui vous inspire ?

Actuellement, la forêt et l’autosuffisance de la nature sont d’incroyables sources d’inspiration.

Est-ce que votre travail commente un problème social ou politique ?

Non. Du moins, pas pour l’instant. Aujourd’hui, mon art reflète mon apprentissage. Je ne contrôle pas encore assez mon savoir pour lui donner cette dimension.

Comment définiriez-vous le féminisme ?

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J’ai eu deux enfants : une fille, puis un garçon. Ils ont un an d’écart.
Plus le temps passe, plus je comprends comment la société conditionne ma fille à être fragile et douce. A contrario, je me rends compte que l’homme ne doit pas montrer sa sensibilité et doit être décisionnaire.
Pour moi, le féminisme doit être enseigné par les femmes. Elles doivent essayer de déconstruire les codes pour reconstruire une nouvelle base. Chaque individu devrait pouvoir exprimer ce qu’il est et non pas ce qu’on lui impose d’être. En plus, selon moi, les hommes doivent prendre part dans le changement. Il faut qu’on leur donne la possibilité d’exprimer leur sensibilité. Si cela n’est pas le cas, je ne vois pas comment les femmes pourront prendre le rôle de la puissance. 

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite travailler dans le même domaine que vous ?

J’étais freinée par une façon de penser et de réfléchir, un problème d’estime de moi. Je n’avais aucune conscience de mon potentiel. Je n’en ai toujours pas, mais j’ai confiance en mon cerveau. Maintenant, je suis plus pragmatique. J’arrive à détecter si une œuvre est bonne ou pas.
Je ne me sens pas encore capable de conseiller dans l’art. Je ne me suis pas encore vraiment lancée. Cependant, je pense qu’avoir la confiance de sortir l’œuvre de la chambre est ultra important. Communiquer autour de son art semble primordial. 

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