Corpus Medusa

Corpus Medusa's interview is in French. We hope we will be able to translate it soon.

Comment vous décririez-vous ?

Je dirais que je suis quelqu’un de passionnée, tenace et déterminée mais qui peut aussi faire preuve de flemme et qui procrastine très régulièrement. Je peux être extrêmement curieuse sur certains sujets mais aussi très vite me lasser et décrocher. J’ai souvent besoin d’avoir la sensation de contrôler ce que je fais et ce que je vais devenir. Je m’investis très sérieusement dans les choses que j’aime (et avec les gens que j’aime) au point que ça puisse tourner au sacrifice. Je suis également très sensible à tout ce qui est de l’ordre du mystique, ésotérique ou magique.
J’ai besoin que l’art fasse partie intégrante de ma vie, j’aime les images plus que tout. J’ai besoin de pouvoir m’exprimer et traduire mes questionnements par ma pratique artistique. J’aime également transmettre et partager cet amour de l’art.

Comment décririez-vous votre art?

Mes gravures questionnent la relation entre corps et esprit à travers les représentations des corps féminins dans l’Histoire de l’Art.
Ce sont souvent des images énigmatiques en noir et blanc (on peut trouver quelques couleurs de temps à autres) représentant l’intérieur et l’extérieur d’un corps.

Wonderful art from Corpus Medusa

Comment décririez-vous votre domaine ?

Je pratique ce que l’on appelle la linogravure. Le principe est de graver sur du lino pour ensuite pouvoir imprimer en plusieurs exemplaires une même image. Il y a dans ce procédé quelque chose de très « matériel » et « artisanale » qui m’attire. C’est un travail entre sculpture et peinture. Je trouve intéressant les contrastes entre matière (l’encre) et vide (là où la feuille reste blanche). C’est d’ailleurs ce contraste que j’utilise pour faire ressortir l’opposition entre l’extérieur et l’intérieur des corps que je représente.
Ce que j’apprécie c’est que beaucoup de gens pratiquent la linogravure mais les images et les rendus sont toujours extrêmement divers. C’est le principe même de l’art, on travaille avec les mêmes outils mais les différentes personnalités vont offrir un panel d’œuvres très variées.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers votre art ?

En fait, je me sers surtout de mes travaux pour questionner la relation entre le corps et l’esprit. Dans l’Histoire et surtout par les biais de la religion, la philosophie et de l’art, il nous est dit que l’esprit a l’ascendant sur la matière. Le corps est matière et donc peut mourir, être sale et se dégrader. Au contraire de l’esprit qui est lumière et par essence immuable et éternel.
Je me suis toujours questionnée sur cette envie de dissocier les deux alors qu’ils me semblent être totalement liés.
Ce questionnement à ensuite rejoint mon combat et mes idées féministes. De mon point de vue, dans notre société, la femme a toujours été considérée comme la matière alors que l’homme est l’esprit.

Or le corps matière doit disparaître. C’est pourquoi le corps de la femme est perçu comme sale et repoussant dès qu’il s’éloigne de l’imagerie collective des publicités (créées par des hommes rappelons-le). On gomme les traces de matières (poils, vergetures, bourrelets) pour rappeler aux femmes qu’elles ne peuvent vieillir, grossir ou se ramollir. Mais comme elles ne peuvent pas non plus prétendre à être juste « esprit » (comme les hommes) on les représente alors comme des corps-objets ouverts à toutes les critiques.

Au contraire, dans notre société, l’homme sera avant tout perçu pour son esprit. Il ne s’accommode pas des choses « matériel ». Un homme peut oublier son corps dans l’espace public.
C’est pourquoi j’aime beaucoup l’iconographie religieuse et mythologique qui met en scène des « Esprits » mais qui prennent l’apparence de corps. C’est l’image parfaite pour rappeler que l’esprit ne peut pas vivre sans le corps et donc pas sans la matière.
J’utilise aussi beaucoup des images représentant des femmes dans mes productions. Mais pas n’importe quelles femmes. Je représente souvent des déesses, saintes ou même la Vierge car ce sont les seules qui s’approchent de l’Esprit. Sauf que pour représenter l’esprit il faut leur donner un corps. Et un corps sous son enveloppe ça vit, ça vieillit, ça peut se détraquer, ça peut mourir.

Wonderful illustration from Corpus Medusa
Wonderful illustration from Corpus Medusa

Qui / Qu'est ce qui vous inspire ?

Je suis très inspirée par l’art en général. Toute l’iconographie religieuse, les peintures mythologiques me touchent beaucoup. Des artistes comme Marina Abramovic, Annette Messager ou Louise Bourgeois m’ont aidé à prendre confiance dans ce que je faisais et produisais. Toutes les figures féministes en partant de Mona Chollet ou Siri Hustevdt jusqu’au pages Instagram tenues par des personnes diverses sont toujours une grande source de réflexion pour moi. J’aime également tout ce qui va porter sur l’ésotérisme.

Est-ce que votre travail commente un problème social ou politique ?

Comme je l’ai dit précédemment, mon travail est en partie le témoignage de mon engagement féministe et des réflexions que j’ai pu avoir à la suite des mes lectures ou mes conversations. Je m’interroge profondément sur la représentation de la femme, sur les figures qui ont pu aider à l’essentialisation de ce que doit être « LA femme ». Il est intéressant de mettre ces questionnements en parallèle avec l’Histoire de l’art où les représentations féminines sont dominées par un regard masculin, le fameux « male gaze ».

Quel(s) obstacle(s) avez-vous rencontré(s) ?

Comme ce n’est pas mon métier, je dirais que mon principal obstacle est le temps. Je voudrais toujours avoir plus de temps pour faire des tonnes d’activités mais je dois m’organiser pour pouvoir continuer à travailler correctement. Je voudrais passer des heures à dessiner et graver mais cela est malheureusement rarement possible !

Le manque d’espace peut également être un obstacle mais il peut être assez vite résolu avec un peu d’organisation !

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite travailler dans le même domaine que vous ?

De, justement, prendre son temps. Il faut vraiment prendre le temps, de lire, regarder, s’informer, chercher le bon matériel, expérimenter (beaucoup, beaucoup) et ré essayer jusqu’à trouver la bonne méthode qui nous convient. Se faire confiance est également important, tout autant que d’être indulgent.e avec soi-même. Il y aura des jours où tout ce que l’on fera nous semblera mauvais et d’autres, beaucoup plus agréables, ou tout semblera nous réussir.

Beautiful illustration from Corpus Medusa

Sur un niveau plus pragmatique, avez-vous été aidée pendant votre projet ?

Mon copain a été la première personne à me supporter et m’aider dans ce projet. Il est toujours là pour m’aider à prendre confiance et me répète régulièrement qu’ « il faut aller au bout des choses ». Mes ami.e.s, ma famille, mon entourage sont la meilleure aide que l’on peut souhaiter. Ils m’écoutent, me conseillent et semblent apprécier ce que je fais, ce qui est important pour moi.

Sur Instagram, j’ai trouvé une sororité, des artistes qui s’entraident et s’influencent, de façon positive, ce qui a été un vrai soulagement et un plaisir pour moi. Merci à toutes ces personnes qui m’ont aidé et m’aident encore !

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